Les exploitants forestiers artisanaux font de nouvelles victimes parmi les essences jusque là épargnées par la coupe du bois dans l’ex-province de l’Equateur, au nord-ouest de la RDC, pour satisfaire à la demande toujours croissante en planches des constructeurs de Kinshasa et d’autres villes du pays… Les défenseurs de l’environnement dénoncent une catastrophe écologique.

Lipua-Lipua, campement de pêcheurs situé sur un ilot à plus ou moins 80 km en aval de Mbandaka. Revenu sur les lieux après un long séjour au chef-lieu de la province de l’Equateur, Pierrot Mawambe, un étudiant, est surpris par le vide créé par l’absence de gros arbres “Lobaka” ou “Waka” (Guiboutia demensei ou encore arbre à copal, très connu des pêcheurs pour la qualité de son bois de chauffe et surtout de son cœur très durable utilisé pour la construction des maisons sur pilotis) qui trônaient autrefois sur la tête de l’île. “Ce sont les grumiers (entendez exploitants forestiers artisanaux) qui les ont coupé… Lui répond-on. Ah bon ! Maintenant le “Waka” est aussi devenu commercialisable ?”, questionne-t-il, étonné.
En effet, le «Waka» aussi bien que d’autres essences telles que le «Monsenge» (Uapaca guineesis ou Uapaca heudelatii), le «Mokese» (Picnanthus angolensis), etc… jadis non commercialisées ont fait leur entrée sur le marché du bois par le biais des exploitants artisanaux. Richard Mobembo, l’un d’eux explique comment : “Lorsque nous rencontrons une nouvelle espèce de bois sur le marché à Kinshasa, nous nous mettons aussitôt à sa recherche dans la forêt, à notre retour à l’Equateur. Il nous arrive même d’abattre tout arbre mesurant 50 cm de diamètre sans forcément en connaitre ni le nom ni les qualités. Ce n’est que sur le marché que nous nous rendons compte de sa nature, de ce qu’il vaut au juste…”

Demande grandissante…
Malgré la restriction faite à l’exploitation forestière en République démocratique du Congo pour réduire la déforestation et lutter contre le réchauffement climatique, le commerce du bois se porte toujours bien dans l’ex province de l’Equateur. Il suffit de passer quelque temps sur les berges du fleuve Congo à Mbandaka pour s’en rendre compte. Chaque jour, ce sont des bateaux grumiers mais aussi et surtout des radeaux de grumes qui descendent le fleuve pour Kinshasa. Les premiers, appartenant aux grandes compagnies charruent du bois traditionnellement exploité tandis que les seconds, ceux des exploitants artisanaux, ramènent aussi dans leurs cargaisons, de nouvelles essences. Parmi celles-ci, certaines sont rares et de très bonne qualité à l’instar de «Waka » dont le mètre cube varie entre 350 et 500 $ ou de «Mokese » qui, elle, se vend 120 à 140$ par m3. D’autres, de moindre qualité comme le «Moluku » (qui coûte à peine 70$ le m3), etc. trouvent néanmoins des preneurs car elles sont utilisées comme bois de coffrage dans l’immobilier ou comme emballage dans divers autres secteurs de l’industrie. A en croire Patrick Mowei, un menuisier de la place, le boom immobilier, l’architecture moderne avec les constructions aux toitures à multiples facettes en vogue actuellement en RDC, consomment beaucoup de planches.

Risques écologiques…
De l’avis de nombreux défenseurs de l’environnement, la recherche et la coupe de nouvelles essences constituent un vrai danger pour les écosystèmes des zones jusque-là épargnées par la déforestation. Surtout que les exploitants artisanaux limitent l’essentiel de leur activité aux abords des cours d’eau pour facilement les évacuer sur les radeaux. Ce qui est en contradiction avec le Code forestier congolais qui interdit toute exploitation forestière à moins de deux kilomètres des cours d’eau. Chercheur en Environnement à l’Université de Mbandaka, Bonkanya Mangwele estime que la situation va de mal en pis : “Chaque jour, des pans entiers des forêts sont en train de disparaitre de la province. Pis, l’abattage des arbres à proximité des cours d’eau a pour conséquences les érosions et la dégradation du sol qui”. “A la longue, prévient-il, nous pourrons assister à la disparition de certains ilots et à l’ensablement de certains cours d’eau. Ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour la lutte contre le réchauffement climatique…”. Tentant de minimiser l’impact de leur activité, les exploitants artisanaux pointent du doigt les industriels. ” A côté d’eux, nous ne représentons rien du tout, se justifie Richard Mobembo. Ce sont les grandes compagnies qui détruisent le plus l’environnement car elles exploitent des grandes surfaces et abattent une importante quantité d’arbres… Nous autres, nous nous contentons des miettes…”

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