Le démembrement de l’ancienne province de l’Equateur, au Nord-Est de la RDC, en cinq nouvelles provinces est loin de faire l’unanimité au sein des habitants. Si certains redoutent les actes de xénophobie, d’autres, optimistes, font remarquer qu’on a séparé le territoire mais pas la population…

Le débat autour des relations entre les citoyens issus des nouvelles provinces alimente encore les conversations des habitants de Mbandaka, chef-lieu de l’ancienne province du “grand” Equateur, au nord-ouest de la RDC.
Au cours d’une blague entre collègues de service à l’Université de Mbandaka, Marceline tacle Ngwasika, son voisin: “cher ami, on nous a séparé, qu’attends-tu pour rentrer chez toi ?” La réponse de son ami ne se fait pas attendre : “Bakaboli nde mboka kasi bato te !” (“On a divisé le territoire mais pas ses habitants”, Ndlr), lui rétorque-t-il spontanément en Lingala. Cette répartie de Ngwasika, en dit long sur l’état d’esprit de gens à Mbandaka, chef-lieu de l’ancien “grand” Equateur, éclatée depuis juillet dernier en cinq provinces. Pour beaucoup, “c’est un appel à l’unité de tous les anciens Equatoriens…”. Ngwasika ne compte pas du tout abandonner quoiqu’il arrive sa maison, son boulot, ses amis et connaissances à cause de ce découpage.

La crainte viendrait des politiciens
Né et grandi à Mbandaka mais dorénavant non originaire parce que ressortissant de l’ancien district de la Tshuapa devenue province, Isombula Sole a trouvé une belle parade pour répondre à ceux qui le taquinent. “Si l’on n’a jamais demandé aux Indiens et Pakistanais qui sont ici de partir, va-t-on le demander à moi qui suis chez moi ? Cela ne me concerne pas ! “, argue-t-il. Pour nombre des ressortissants de la nouvelle province de l’Equateur qui conserve Mbandaka comme chef-lieu, la présence de ces ex-Equatoriens ne les inquiète pas outre mesure : “Depuis toujours, on a vécu ensemble avec des ressortissants d’autres provinces, qu’y a-t-il de mal à cohabiter avec ceux qui ont partagé avec nous le même espace pendant plusieurs décennies ?”, se demande Anto Nembetwa, directeur d’une école primaire de la place. Cependant à l’en croire, la crainte viendrait des politiciens qui, à l’approche des “échéances électorales, ne supportent pas le succès et parfois même l’opinion contraire des “non originaires”.

Nostalgiques
Capitale de la province de l’Equateur, depuis plus d’un siècle, Mbandaka est une ville cosmopolite où se côtoient plusieurs communautés. Ici, le découpage n’a pas fait que des heureux. D’après Ekolo Colon, agent de l’Etat à la retraite, bien des originaires de la nouvelle province de l’Equateur éprouvent de l‘amertume à l’idée de se sentir dorénavant “étrangers” dans le reste de ce qu’était jadis leur province et de voir leur ville perdre son influence vis-à-vis de ses anciens districts, élevés en provinces. De leur côté, les ressortissants des quatre nouvelles provinces installés depuis des lustres au chef-lieu ont de la peine à digérer leur nouveau statut de “non originaires” porteur, selon eux, des germes de division et de tant de préjugés. Le vieux Ekolo a encore frais en mémoire les actes de xénophobie vécus durant les années 60 avec “les provincettes”. “Toutefois, dit-il, la Constitution de la RDC reconnaît à tout citoyen le droit de s’installer et d’exercer ses activités dans n’importe quel espace du territoire national.” A l’Etat congolais de veiller pour que cette disposition soit respectée.

 

L’ancienne province de l’Equateur, au nord-est de la RD Congo, a été éclatée en cinq nouvelles provinces suivantes, correspondant aux anciens districts :

  1. Equateur, chef-lieu Mbandaka
  2. Tshuapa, chef-lieu Boende
  3. Nord-Ubangui, chef-lieu Gbadolite
  4. Sud-Ubangui, chef-lieu Gemena
  5. Mongala, chef-lieu Lisala

 

RDC_Carte des 26 provinces

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