Depuis qu’Internet a envahi la vie des gens à Kolwezi, chef-lieu de la nouvelle province de Lualaba, la vente des livres s’est essoufflée. Les bouquinistes n’arrivent plus à vivre de leur métier et s’en plaignent…

Les bouquinistes peinent à écouler leurs livres ces dernières années à Kolwezi, chef-lieu de Lualaba, au sud-est de la RD Congo. Les gens préfèrent lire sur Internet et profiter de téléchargements gratuits. L’arrivée des tablettes permettant la lecture de livres numériques renforce ce mouvement. Ce n’est pas tout. La chute de grandes entreprises de l’ex-province du Katanga notamment la Gécamines, la SNCC depuis les années quatre-vingt-dix, est aussi la cause de la chute de vente des livres. Nombre d’acheteurs des vieux bouquins étaient employés dans ces sociétés.
Du temps où ces industries étaient prospères et où les travailleurs avaient la culture de lecture, la vente des livres était une activité lucrative. “Chaque jour, nous vendions une dizaine de livres et gagnions jusqu’à 200 dollars qui nous aidaient à couvrir nos besoins domestiques et réaliser certains projets”, se rappelle, souriant, Mpafu Kyambeya. Marié et père de dix enfants, Mpafu dit être devenu bouquiniste en 1994 à la suite des pillages qui l’ont vu perdre son emploi. Au début, assure-t-il, vendre les vieux ouvrages nourrissait son homme.

Se battre pour maintenir cette activité
Ce n’est plus le cas actuellement avec l’avènement d’Internet et des réseaux sociaux. “Les gens ne cherchent plus dans les livres. Ils sont toujours sur le Net”, indique Thibaut Mukanda, vendeur des bouquins aux arrêts de bus desservant la ligne ville-Mwangeji au quartier Biashara, dans la commune de Dilala.
En même temps, certains vendeurs estiment que baisser les bras reviendrait à tuer le métier. “Il faut se battre pour cette activité, soutient Emmanuel Ngoy Kasinge, écrivain et journaliste indépendant. Pour faire face au Net, il exhorte les bouquinistes à rejoindre le web et proposer des offres qualitatives. Il nous faut la maison du livre à Kolwezi pour servir à la vente et à la commercialisation des journaux, revues et livres. C’est ce qui manque à cette ville. Un lieu où on vous accueille et vous propose un large choix de livres”. Elisabeth Kasongo, professeur de français à l’Institut Joyeux Lurons embouche la même trompette et en appelle à la bonne volonté du gouvernement provincial pour la construction de cette maison qu’elle présente comme “un instrument de développement social de la population”. L’enseignante exhorte également les intellectuels de Kolwezi à renouer avec la culture de la lecture.
En attendant, certains bouquinistes désespèrent. C’est faute d’avoir trouvé mieux qu’ils en sont encore à exercer ce “métier en extinction”. “Vendre un ou deux livres par jour pour 5 dollars, c’est vraiment insignifiant. Cette somme ne permet même pas de nourrir les nombreux enfants que j’ai à la maison”.
Pourtant cette profession, se souvient Eliab Mbayo qui vend des livres au centre-ville, “nous a aidés à avoir des relations avec des ministres, des ingénieurs, des députés… “

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