Remplacer le dollar par le Franc congolais dans les transactions économiques, maintenant que la RD Congo a renoué avec la croissance, c'est le processus dans lequel le gouvernement a engagé le pays depuis quatre mois. Une réforme que l’autorité monétaire annonce longue, minutieusement encadrée et non coercitive pour ne pas faire peur aux opérateurs économiques.

“A ce jour, malgré la baisse significative de l’inflation et l’inscription dans la durée de la stabilité du taux de change, le niveau de dollarisation de l’économie congolaise demeure très élevé”.

Ce constat a été fait fin septembre par Daniel Mukoko Samba, Vice-Premier ministre chargé du Budget devant les représentants de la FEC (le patronat congolais) et de l’Association congolaise des banques (ACB) regroupés pour réfléchir sur les “Pistes vers la dédollarisation de l’économie congolaise”. L’essentiel des dépôts bancaires en RDC (89%) a poursuivi le ministre est en devises étrangères. Il en est de même pour les crédits bancaires, 95,2%, réalisés en devises étrangères. D’où ce constat : “l’économie congolaise est fortement dollarisée”.
Mais “comment en est-on arrivé là ?”, s’est interrogé pour sa part Jean Claude Masangu, devant la chambre de commerce belgo-congolaise-luxembourgeoise réunie en atelier à Kinshasa fin novembre sur “le processus de dédollarisation de l’économie congolaise”. Pour mieux y répondre, le gouverneur a voulu d’abord replacer la situation dans son contexte. Les décennies 1980 et 1990 ont en effet été marquées dans l’ex-Zaïre par une crise économique multiforme. Celle-ci a conduit à la dégradation des infrastructures de base et au pillage de l’outil de production, au surendettement extérieur et à la rupture de la coopération internationale, à la dépréciation de la monnaie nationale vis-à-vis des devises étrangères (l’hyperinflation ayant atteint 9 769 % en 1994).

Un long processus
Face aux incertitudes politiques et économiques, la préférence des opérateurs économiques et de la population s’est alors portée sur le dollar américain comme monnaie-refuge, afin de protéger leur pouvoir d’achat et de bénéficier de commodités et de discrétion dans les transactions commerciales. Ce fut la naissance de la “dollarisation” qui est, selon Daniel Mukoko, “l’usage d’une monnaie de refuge autre que la monnaie nationale dans les transactions économiques”. Mais celle-ci a des inconvénients. Elle engendre notamment “la difficulté de financer l’économie en monnaie nationale s’il y a peu ou pas d’épargne en cette monnaie, le risque de crise systémique dans le secteur bancaire en cas de crise de liquidité en devises, etc.”, explique JC Masangu qui estime que la situation qui a obligé le recours au dollar n’est plus de mise.
Actuellement, les indicateurs macroéconomiques sont au vert. “Une croissance économique soutenue de 7,2% en 2012 avec une projection de 8,2% en 2013 ; un taux d’inflation révisé d’environ 3% projeté fin décembre… ; un Franc congolais stable par rapport au dollar américain ; un essor de l’activité financière confirmée par un plus grand nombre de banques et institutions de micro-finance et une expansion du volume des dépôts et des crédits”, a longuement énuméré le gouverneur qui pilote le processus de dédollarisation.

“Dédollariser, explique le ministre du Budget, c’est réduire et contrôler les effets pervers de la dollarisation tout en accroissant l’attractivité de la devise nationale”. Au regard du contexte actuel affirme le gouverneur, il était temps pour agir.

Mesures d’accompagnement
Pour donner l’exemple, le budget 2012 voté au Parlement a été entièrement libellé en Francs congolais et la Banque centrale recommande au secteur public entre autres la fixation et le paiement en monnaie nationale des impôts, droits, taxes et redevances. De même qu’elle a adressé une circulaire aux opérateurs économiques de fixer désormais les prix de leurs articles en monnaie nationale.

“Mais la dédollarisation ne se décrète pas. On ne la force pas, prévient JC Masangu. C’est un processus s’étalant entre 7 et 10 ans au minimum pour les pays qui l’ont réussi. Et l’approche qui conditionne son succès est progressive, participative, incitative plutôt que coercitive”.

En matière de réglementation de change par exemple, tous les détenteurs de devises “continueront d’en disposer librement et il est hors de question de procéder à une conversion forcée en Franc congolais des comptes Résidents monnaies étrangères (RME) ou Non résidents monnaies étrangères (NRME)”, a rassuré le gouverneur de la Banque centrale du Congo.
Professeur d’économie dans plusieurs universités congolaises, Grégoire Bakandeja estime que cette réforme, du reste salutaire, ne peut aboutir que si elle s’accompagne de la production au niveau du pays et surtout d’une croissance des exportations nationales en devises étrangères :

“Dédollariser c’est bien mais il faut en même temps prendre des mesures en termes de change pour que les ressources exportées en devises soient profitables à l’Etat”.

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