A Goma, au Nord-Kivu, le téléphone est devenu un moyen d'extorquer de l'argent. Des habitants reçoivent des appels les menaçant de mort. Craignant pour leur vie, ils transfèrent d'importantes sommes en unités vers les appareils des malfrats. Aucun de ceux-ci n'a pour l'instant été arrêté.

Depuis quatre mois, les habitants de Goma vivent à nouveau dans la psychose des assassinats. Les menaces arrivent cette fois-ci par téléphone. Les petits commerçants et les chauffeurs des taxis motos payent le plus lourd tribut à ce harcèlement moral. Le système consiste à appeler quelqu’un, à lui décliner son identité et son adresse, pour bien montrer qu’on le connaît – une façon de l’intimider-, avant de lui donner des injonctions. Selon la police, les plaignants ont presque tous le même récit. Le correspondant anonyme dit : “On m’a déjà donné l’acompte de 100, 200… 500 $ afin de te tuer.” Pour rester en vie, il demande à la victime d’abord de rembourser cet acompte, puis de payer l’argent qu’il aurait touché pour sa mort. Ce montant, en général le triple de l’acompte, est à transférer en crédits vers le téléphone du malfrat. Une fois le transfert effectué, le numéro de contact du malfrat n’est plus opérationnel.
Ce qui pousse la police à soupçonner les vendeurs d’unités téléphoniques des bords des rues qui, pour certains, seraient des complices et recevraient ces unités. “L’essentiel pour moi, c’est d’épargner ma vie aussi longtemps que la police ne mettra pas la main sur ces gens”, se justifie Pascal, une des victimes qui a payé. La police, qui enregistre en moyenne trois cas par semaine, affirme qu’il n’y a jamais de morts, puisque les victimes obtempèrent aux ordres des bandits.

Aucune arrestation
Depuis mars 2008, les opérateurs cellulaires disposent de fiches identifiant tout abonné téléphonique comme l’exige un arrêté du ministre de l’Intérieur. “C’est une mesure étatique pour protéger la population”, explique le responsable d’une compagnie cellulaire à Goma. Il souligne qu’il est facile de mettre la main sur un abonné lorsque tous les moyens sont mis en branle. Mais, selon lui, rien n’a été fait pour identifier ceux qui se livrent à ce harcèlement et bénéficient toujours de l’impunité.
“Le problème, c’est le manque de volonté pour l’ouverture des enquêtes”, déplore Me Juvénal Munubo, point focal au Nord-Kivu du Réseau de la société civile pour la réforme du secteur de la sécurité. “J’ai porté plainte pour faux et usage de faux contre X qui se présentait au téléphone comme responsable d’une ONG locale. Mais, le dossier est resté sans suites”, témoigne-t-il. L’Agence nationale de renseignements dit vouloir arrêter les malfrats pris en flagrant délit lorsqu’ils se présentent à un rendez-vous avec leurs victimes. Ce qui n’est jamais arrivé, car ces escroqueurs refusent de se montrer.
Le spectre des appels téléphoniques anonymes hante les Gomatraciens. Début 2008, après la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement des provinces du Nord et du Sud-Kivu, une vingtaine de personnes avaient été tuées, en un mois, et certains assassinats avaient été précédés, quelques jours avant, de coups de téléphone anonymes. C’est ce qui pousse les habitants de la ville à transférer les crédits exigés puisqu’”on ne reproche pas la prudence à quelqu’un”, estime Pascal.
Ces chantages perturbent le sentiment de sécurité qu’avaient retrouvé les habitants de la ville ces derniers temps. Les autorités provinciales essayent d’ailleurs de redorer l’image de la capitale provinciale du Nord-Kivu, longtemps considérée comme une ville particulièrement dangereuse, par des activités culturelles et sportives. Des orchestres de Kinshasa donnent des concerts jusqu’à des heures tardives, des rencontres sportives sont organisées…

Taylor Toeka Kakala

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