Dans certains villages de la province du Bas-Congo, au sud-ouest de Kinshasa, les toits en bambous remplacent ceux en tôles plus chers ou en paille moins résistants. Ils gardent en outre les maisons fraîches ce que beaucoup d'habitants apprécient. Mais il faut aussi préserver ces plantes, qui protègent contre l’avancée des érosions.

Dans la petite cité de Lemba, à 130 Km de Matadi, un quartier porte le nom symbolique de “madiadi”, bambou en dialecte locale. La raison en est simple : il compte un nombre important de maisons couvertes de toitures en bambous. Un style d’habitat qui a fait son apparition dans de nombreux villages du Bas-Congo il y a quelques années. Ces maisons sont une “véritable bouffée d’oxygène”, avoue Roger Buanga, jeune paysan du village Patu, non loin de Boma, la deuxième ville de cette province. Ces toits sont moins chers que ceux en tôles et donnent une agréable fraîcheur dans la maison bien loin de la chaleur suffocante dégagée par les toits en tôles.
C’est dans la contrée des Mayombe, particulièrement dans les villages des territoires de Seke-banza, Lukula et Tshela qu’on voit ce type d’habitat. Pour les populations démunies de cette région forestière où le bambou est souvent à portée de main, la solution est toute trouvée. “Alors que la nature nous a tout donné, ceux qui achètent encore des tôles perdent leur argent”, déclare Noëlla Poba, qui habite dans une telle maison.

L’intérieur plus frais…
Ces plantes remplacent aussi la paille, qui offrait presque la même fraîcheur à l’intérieur des maisons traditionnelles (briques en argile ou cuite). Mais les toitures en paille ont souvent le grand désavantage de laisser passer l’eau quand elles vieillissent ou quand elles ne sont pas bien façonnées. Dans les petites agglomérations le long de la Nationale n°1, entre Matadi et Kinshasa, on voit aussi apparaître des bâtisses en briques cuites couvertes de toits en bambous, qui sont par ailleurs très résistants aux chocs. “Depuis que j’ai découvert cette technique, je me suis débarrassé de ma maison en paille qui suintait lorsqu’il pleuvait. Je dors aujourd’hui tranquille”, se réjouit Barnabé Pembele, paysan de Mvululu, un village du territoire de Kasangulu.
Telles qu’elles sont fabriquées, ces toitures ont l’air d’avoir emprunté la technique de construction des maisons en tuiles. Une technique que la plupart de villageois maîtrisent sans beaucoup de peine. “On commence par couper des bambous en grand nombre en forêt, puis on les fait sécher au soleil jusqu’à leur faire perdre la couleur verte”, explique Edmond Kimpioka, qui s’est lui-même construit une grande maison avec une toiture en bambous.

Revers de la médaille
Une fois cette opération terminée, on coupe chaque bambou en deux dans le sens de la longueur. Puis vient le montage : on dispose une rangée de bambous avec la partie creuse vers le haut puis on met par-dessus, à cheval entre deux rangées, des bambous dans l’autre sens. Le tout est lié avec des cordes très solides.
Selon les témoignages des villageois, il fait bon vivre dans ces maisons qui n’ont pas besoin de plafonds contrairement à celles couvertes de tôles. Mais la crainte est que ces bambous soient coupés en trop grandes quantités si tout le monde veut s’en faire des toits. Des défenseurs de l’environnement attirent l’attention de la population, pour qu’elle fasse un usage responsable de ces plantes. Grâce à leurs racines qui retiennent le sol, les bambous permettent, en effet, de lutter contre l’avancée des érosions. “Il faut qu’on arrête leur abattage anarchique et incontrôlé si l’on veut éviter une catastrophe plus tard”, conseille Anderson Mavungu, du ministère provincial de l’Environnement, Conservation de la nature et Tourisme.

Dieudonné Mwaka Dimbi

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