Au Katanga, une partie de la population boude les campagnes de vaccination contre les épidémies de rougeole et de polio qui sévissent dans la région et se répandent dans toute la RD Congo. Pourtant seule la vaccination peut prévenir ces maladies extrêmement contagieuses et fatales surtout pour les enfants et empêcher leur propagation.

Scène inimaginable à Lubumbashi, en avril dernier. Lors du lancement de la campagne de vaccination contre la polio, devant la maison communale de la Ruahi, des femmes s’en sont pris aux policiers. L’un d’eux s’en est tiré avec une tenue déchirée. Une femme s’est même déshabillée en public. Elles exprimaient leur colère contre les campagnes de vaccination qui se succèdent dans la ville et qui, selon elles, ne sont pas efficaces face aux épidémies de rougeole et de poliomyélite qui sévissent dans leur province. Depuis qu’elle a été signalée en août 2010, la rougeole a notamment déjà tué plusieurs dizaines d’enfants de 0 à 15 ans au Katanga, dont une trentaine à Lubumbashi, la capitale provinciale.
Actuellement, selon Médecins sans frontière, la rougeole se répand “comme une traînée de poudre” du Sud au Nord du pays et l’épidémie devient “incontrôlable”. Elle a déjà touché les provinces du Katanga, du Sud-Kivu, du Maniema et les deux Kasaï. Fin mars, plus de 21 000 personnes ont contracté la maladie et MSF avait vacciné 1,5 millions d’enfants. Pour enrayer l’épidémie tous doivent l’être et en temps utile.
Mais dans la capitale du Katanga, certains habitants se disent fatigués par ces campagnes de vaccination qui, pour eux, ne neutralisent pas ces épidémies. “J’ai perdu mon fils de 4 ans après l’avoir fait vacciner. Je crois en Dieu, mes enfants ne seront plus jamais vaccinés !”, jure Aurélie Kaj, une habitante de Kamalondo. Dans cette commune populaire de Lubumbashi, des femmes cachent leurs enfants et affirment que seul Dieu a le vrai vaccin. Selon le témoignage de Bertin Elameji, médecin dans un centre hospitalier de la ville, des adeptes d’une Eglise ont même “pris au col et à la gorge trois vaccinateurs qui avaient découvert 33 enfants en âge d’être vaccinés cachés chez eux.”

Vaccin : seule arme contre les épidémies
Médecin superviseur de la zone de santé de la Ruashi, Paulin Mwenda affirme que plus de 12 000 enfants sur un total de 70 951 attendus, n’ont ainsi pas été vaccinés contre la rougeole à Lubumbashi, pendant la première campagne organisée en février 2011. Et lors du lancement de la campagne contre le polio, une bonne partie des habitants des communes de Kamalondo et de la Ruashi ont refusé de faire à nouveau vacciner leurs enfants dans une même zone de santé, ou par les mêmes vaccinateurs.
Certains habitants pensent que ces épidémies relèvent de la sorcellerie. Ils ne comprennent pas que des enfants qui ont été vaccinés contre la rougeole, puissent mourir après. Médecin au centre hospitalier La Grâce, dans la commune de Kapemba, Taylor Muabilo explique que certains enfants vaccinés étaient déjà contaminés par le virus de la rougeole. “Cela a été à la base de plusieurs complications et de certains décès”, dit-il, pour rassurer les gens.
Infection du système respiratoire très contagieuse, la rougeole s’est vite répandue durant les six derniers mois en Rd Congo, touchant des milliers de personnes. Selon Médecins Sans Frontières qui a lancé les premières alertes, cette épidémie peut tuer entre 1 et 15 % des enfants non vaccinés qui attrapent la maladie, et jusqu’à 25 % dans les groupes d’enfants malnutris ou vulnérables qui ont un accès limité aux soins de santé.

Convaincre tout le monde
Une autre étape de vaccination est prévue au Katanga. Pour contrer certaines réticences des habitants, les autorités sanitaires poursuivent et multiplient sans relâche les explications à la population, pour qu’elle participe en masse aux campagnes de vaccination. A Kinshasa où des opérations similaires ont également lieu contre la polio, toute la population (± 10 millions d’habitants) doit prendre trois séries de doses de vaccin.
“Les autorités locales plaident pour une assistance spéciale et pressante”, rapporte Placide Ilunga, un vaccinateur du Katanga. Des médecins de cette province reconnaissent qu’il y a eu du retard dans l’approvisionnement et la distribution des vaccins contre la rougeole. A Kipushi (30 km de Lubumbashi) où la vaccination n’est organisée que contre cette épidémie, la population se plaint que rien ne soit encore fait contre la polio, qui y sévit aussi. “Pour des cas graves, nous recourrons à Lubumbashi sans, des fois, avoir des solutions immédiates”, regrette Madeleine Kalala, une habitante.

Dina Eseka

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