Fabriquée en bois localement par des femmes artisanes, l'émietteuse à feuilles de manioc réduit le temps et la pénibilité du travail de préparation. Elle est bien appréciée des ménagères du Kasaï-Oriental, au centre de la RD Congo, où elle est construite ainsi que d'autres outils et machines.

Hacher les feuilles de manioc deux fois plus rapidement qu’à la main, c’est ce que permet l’émietteuse fabriquée par des femmes artisanes du Kasaï-Oriental. Cette machine est une petite cuve en bois posée sur un trépied dans laquelle tourne un cylindre rotatif, lui aussi en bois. On la remplit de feuilles de manioc puis on tourne la manivelle en appuyant sur les feuilles. “Le cylindre est muni de lattes en bois, qui les émiettent. Lorsque l’opération est finie, la ménagère ouvre en bas de la cuve et récupère les feuilles de manioc prêtes pour la cuisson”, explique le Dr. Kalambayi, expert du projet Presar (Projet de réhabilitation du secteur agricole et rural).
Trente-cinq artisans, dont 31 hommes et quatre femmes fabriquent depuis fin 2010 divers matériels et machines agricoles, notamment des houes, machettes, bêches, pièces détachées de charrue pour la culture attelée, égreneuses simples et rotatives, arracheuses de gousses d’arachides, etc… Ils ont été formés par le Presar, avec l’appui de spécialistes du Service national des techniques appropriées du ministère du Développement rural. Désormais, de nombreux outils ou machines sont produits localement et bien adaptés aux besoins, rendant inutiles certaines importations.
L’émietteuse est une première pour la population du Kasaï oriental. Non seulement elle réduit de moitié le temps de travail des femmes, mais elle limite les pertes et la qualité du produit est très bonne. “Nos produits sont très sollicités sur les marchés, vu la qualité et le prix de vente. La fabrication se fait sur commande et la demande est plus importante que l’offre, explique M. Ndaya, une artisane. Le prix est de 10 000 FC (11 $) pour la plus petite, adaptée aux besoins d’une famille de sept personnes. Elle ne risque pas de rouiller et tourner la manivelle est moins dur que de piler dans un mortier.” Selon Muamba, président de l’Union pour la promotion des artisans, 15 machines ont déjà été fabriquées sur commandes.
Même si le manque de fonds pour acheter des matières premières comme le bois reste très difficile, les ménagères se réjouissent de la qualité de l’émietteuse qui allège leur travail. “Je veux que les autorités appuient ces mamans artisanes qui nous fabriquent cette machine qui remplace le mortier”, insiste Misumba, une ménagère.

Léo Rutherford Kanku

Commenter