Depuis que les associations locales de Beni perçoivent les taxes à la place des percepteurs souvent accusés de détourner les recettes de l’État et de favoriser l’évasion fiscale, les recettes ont partout presque doublé, ce qui permet à la mairie de cette ville du Nord-Kivu, à l’est de la Rd Congo, de réaliser des ouvrages d’intérêt public et de payer ses agents.

Le parking public de Beni est l’un des plus importants postes de recettes de cette ville de prêt de 500 000 habitants, située au nord de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu. De gros véhicules de commerçants, des bus de transport des passagers, des petits taxis reliant la ville à d’autres grandes agglomérations de la région comme Butembo, Kasindi ou Kisangani, y stationnent chaque jour. La taxe de stationnement par véhicule s’élève à 2 700 Fc (3 $). Au sortir du parking, on aperçoit un kiosque en planches où travaillaient avant des collecteurs officiels d’impôts. Aujourd’hui, ce sont des membres de l’Association des chauffeurs du Congo (Acco) qui perçoivent les taxes à leur place. “Nous payons désormais la taxe de stationnement au trésorier de notre corporation en lieu et place des percepteurs de la mairie”, explique Michel Katembo, qui fait le taxi sur la route Beni-Butembo (54 km).
La décision de décharger les percepteurs de taxes de leur tâche remonte à janvier 2011. Le maire de Beni, Jean de Dieu Paluku Kisaka, justifie cette mesure par les pratiques courantes de détournement des recettes par ces agents de l’État, et l’évasion fiscale. “Quand j’ai été nommé en décembre 2010, je ne parvenais pas à maîtriser toutes les entrées de recettes et à contrôler les agents chargés de recouvrer les taxes”, explique-t-il. C’est alors qu’il va confier à diverses organisations locales, la charge de les collecter. “Depuis ce temps, je suis de près tous les mouvements de fonds, des recettes comme des dépenses.”

Plus d’argent, moins de tracasseries
Le maire a, en effet, des raisons de se réjouir de ce changement. Car les retombées de ses mesures n’ont pas tardé. “Pour le moment, nous encaissons près de 10 millions de Fc (11 000 $) à la fin de chaque mois. Ce qui n’était pas le cas durant les années antérieures”, révèle Robert Sokotunave, vérificateur au Centre d’ordonnancement de Beni. Mandataire du Budget à la mairie, Ndima Mutinda précise qu’auparavant, il était difficile de mobiliser 5 000 $ le mois.
Parmi les organisations locales qui ont permis de doubler ces recettes, l’Acco, l’Association des bouchers ou encore la Corporation des tenanciers des pharmacies de Beni. Chez les bouchers, Machine Kimbesa, le président, reconnait que la mairie avait bien du mal à recouvrer chez eux l’intégralité de ses droits. “D’une part, les taxateurs ne versaient pas toutes les recettes en banque et d’autre part, certains bouchers boudaient cet impôt”, témoigne-t-il. Et quand les agents venaient percevoir les taxes, ils prenaient deux kilos de viande chez chaque boucher. Maintenant, “notre association encadre ses membres et les sensibilise au civisme fiscal.”
Ainsi, à l’abattoir de Beni, les recettes versées à la mairie sont passées à 1250 $ le mois, contre moins de 500 $ auparavant. La même formule est appliquée au sein des entreprises locales (grandes et petites). Ce sont les syndicats d’entreprises qui identifient leurs membres et leur communiquent dès le début de l’année, le montant de la taxe à payer à la mairie, à la commune, à la direction générale des impôts et aux autres services de l’État. Cette nouvelle méthode permet, dit-on à Beni, de recouvrer l’intégralité des impôts et taxes et d’éviter les tracasseries souvent dénoncées par les contribuables.

Tous motivés
Les associations sont bien entendues gratifiées pour le travail qu’elles font. La mairie leur rétrocède chaque mois 5 % des montants collectés. “Cela motive nos agents et les incite à ne pas agir comme les taxateurs désavoués”, affirme Tembo Musayi de l’Acco, qui reçoit 300 $ de ristourne. Mais le gros de ces recettes est affecté au programme de développement de la ville (50 %), à la paye de la prime des agents de la mairie et aux patrouilles de la police. L’un des marchés de la ville a maintenant un nouvel hangar qui met les vendeurs à l’abri des intempéries, et la mairie a pu construire un pont important qui relie deux quartiers de Beni (Kalinda et Kamende).
“Tout cela nous motive à payer nos taxes sans faire de problème”, reconnait Véronique Kaswera, vendeuse de braises dans ce marché bien abrité. Écartés du circuit, les anciens percepteurs de taxes méditent sur leur sort ailleurs. Certains des 32 percepteurs ont été reversés au sein de l’administration de la mairie, d’autres ont été simplement remerciés. Seules six femmes, chargées de percevoir les taxes auprès des vendeurs de tissus pagnes, ont pu conserver leur poste.

Jacques Kikuni

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