A Kisangani, chef-lieu de la Province Orientale, au nord-est de la RDC, bien souvent les autorités ou les institutions refusent d'informer les journalistes ou leur compliquent beaucoup le travail. Elles ont peur de devoir les payer ou d'être réprimandées par leur hiérarchie. Ce manque de sources d'information fiables alimente les spéculations et discrédite les journalistes.

“Nous avons tenté de joindre le bourgmestre de la Commune de la Tshopo pour vérifier cette information, mais en vain”, se justifiait le présentateur du journal parlé à la Radio communautaire Mwangaza à Kisangani dans une récente édition du matin. Utilisant la formule générique des journalistes quand ils n’ont pas réussi à contacter une source.
Rendez-vous manqués, longues et éprouvantes attentes dans les salles de réception, soumissions aux jours d’audience, blocages au service du protocole… Obtenir une information est souvent un véritable chemin de croix pour ceux dont le métier est d’informer. “Repassez demain, on a d’autres préoccupations, je vais vous rappeler, l’autorité est occupée, ça ne dépend pas de moi ce secteur, adressez-vous à notre hiérarchie à Kinshasa”… Toutes les excuses sont invoquées pour ne pas les recevoir.
Les sources officielles – autorités politiques, administratives et militaires, opérateurs économiques, organismes internationaux, etc. – sont les moins accessibles. Les journalistes doivent se contenter des rares points ou conférences de presse.

Des journalistes partisans ou vénaux
“On a quelques informations du gouvernorat grâce aux confrères qui y ont accès”, explique Rabbin Ramazani, directeur des programmes à Radio Liberté et Canal Congo télévision, chaînes tenues par l’opposition. Selon Flory Ngongo, coordonnateur provincial de l’Union de la presse congolaise (UNPC) en Province orientale, “le fait que certains confrères qui militent dans un parti traitent les informations selon la ligne politique du parti favorise cette réticence.”
L’autre obstacle est l’attitude des journalistes qui se font trop souvent payer. “Parfois la presse est difficile à recevoir parce qu’elle demande trop d’argent”, avance le maire. “Pour eux, l’information c’est celle qui rapporte de l’argent”, renchérit Ghislaine, coordonnatrice du Réseau des médias associatifs et communautaires (Remacpo).
Le refus des sources de parler est, en soi, une information. “Récemment, faute de réponse du maire sur la dispersion des gens du marché Libanga, nous avons dû diffuser une émission sur le sujet sans son avis”, témoigne Laurent Kangisa, rédacteur en chef à la Radio communautaire Mwangaza.
Dans l’affaire des présomptions de corruption de certains députés provinciaux en mars dernier, aucun média, pas même la Radio Okapi, n’a été en mesure de faire parler le secrétaire particulier du gouverneur cité par les députés. Du coup, les spéculations vont bon train…

Liberté d’informer non garantie
Pour Jean-Pierre Lifoli, politologue et journaliste, cette situation est issue du système politique congolais de la colonisation à nos jours : “L’information a toujours été contrôlée. Une liberté réelle de l’information n’est pas garantie par les tenants du pouvoir.” Selon Aliana Alipanagama, journaliste à Radio Okapi, 13 ans dans le métier, les autorités craignent d’être mal vues de leur hiérarchie ou d’être poursuivies si elles s’expriment. “Les politiques ont du mal à expliquer la gestion de la chose publique”, constate Ghislaine Itama, “Les autorités n’acceptent pas la contradiction”, complète J.P. Lifoli.
Selon la loi sur l’exercice de la liberté de la presse, “le journaliste est libre d’accéder à toutes les sources d’information pour la porter au grand public, comme le rappelle le chef de la Division provinciale Communication et presse. Mais, la loi est violée et non appliquée pour cacher certaines informations”. Pour de nombreux acteurs de la société civile, cette situation à des conséquences : le citoyen se désintéresse de l’action du gouvernant qu’il ne connaît pas. L’affectation des fonds du budget de l’État reste mystérieuse aux yeux de la population. “C’est qui est à la base des soupçons de détournement des deniers publics “, explique Jean Paul Nyindu activiste des droits de l’homme.
La diffusion d’informations erronées ou incomplètes joue aussi sur le prestige du journaliste et de son média. Bien souvent, ceux qui n’ont pas voulu répondre s’agitent après que l’information a été diffusée. Mais, même s’ils font un démenti, les gens retiennent ce qui a été dit avant. “Les sources doivent donner l’information aux journalistes, sinon, cela démontre l’absence de bonne gouvernance”, souligne Flory Ngongo.

Trésor Boyongo

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