Consternés par le refus de leurs enfants qui étudient à Kinshasa ou à Lubumbashi de rentrer à Kananga, capitale provinciale du Kasaï-Occidental, au centre de la RD Congo, les parents préfèrent désormais qu'ils fréquentent les universités locales. Cette fuite des cerveaux ralentit en effet le développement de la ville.

Comment persuader les étudiants de revenir travailler dans la ville de Kananga aux côtés de leurs proches une fois leurs études terminées à Kinshasa ou à Lubumbashi ? C’est la grande préoccupation des parents et des chefs d’entreprise, car la plupart des jeunes partis faire des études restent vivre dans ces villes. “Chaque fois ils partent et ne rentrent pas”, s’inquiète Kabongo, un mécanicien qui tient un garage dans l’un des quartiers de la ville où il se retrouve presque seul entouré de clients non servis, faute d’une main-d’œuvre qualifiée à ses côtés.
Du coup les parents préfèrent désormais que leurs enfants étudient sur place. “Je ne vois aucun mal à ce que tous mes enfants soient dans des institutions universitaires ici, près de moi”, estime Shambuyi Mubenga, un taximan. Selon lui, il vaut mieux garder ses enfants sur place plutôt que de les envoyer ailleurs. Non seulement c’est coûteux, mais on prend le risque qu’ils ne reviennent pas travailler à Kananga leurs études terminées. “Ils vont aux cours, mangent ensemble le soir et ils sont mieux formés que ceux qui fuient vers Kin ou Lubumbashi”, soutient-il.

Entrepreneurs découragés
Valentin Tshilumba, un dactylographe, est désemparé. Il ne comprend pas comment le cadet de ses sept garçons a trouvé le moyen de se marier alors que, titulaire d’une licence en économie, il est au chômage et vit à la charge de son père. “Je n’ai rien gagné. Maintenant c’est une autre charge qu’il me colle sur le dos”, s’indigne-t-il.
Nombre de parents auraient aimé voir leurs enfants partir faire leurs études dans les deux villes les plus favorisées du pays, revenir à Kananga pour utiliser les connaissances acquises et ainsi contribuer au développement de leur région. La famille en profiterait et la communauté aussi. “On dirait que nous travaillons pour les autres, estime un groupe de femmes maraîchères de la ceinture verte de Kananga. Qu’ils viennent pour créer eux-mêmes du travail ici !”
Ne pas rentrer dans sa ville natale viole un adage kasaien qui dit : “Attrape une sauterelle pour l’enfant. Quand ce dernier grandira, il en fera autant pour toi”, ce qui signifie que parents et aînés investissent dans les enfants pour que, lorsqu’ils vieillissent ou sont en difficulté, ils les aident.
C‘est la vie chère et la difficulté d’avoir un emploi à Kananga qui justifient les voyages sans retour de milliers de jeunes de cette ville en quête d’une vie plus facile à Kinshasa ou Lubumbashi. À Kananga, le manque de courant électrique n’incite pas les investisseurs étrangers à s’installer. L’entreprenariat local est aussi entravé par la multiplicité des taxes et les nombreuses tracasseries des services publics.

Francis Kalonga

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