A Uvira, au Sud-Kivu, de nombreux malades atteints de paludisme ou de typhoïde ne guérissent pas malgré les traitements prescrits. Ils sont victimes de médicaments contrefaits inefficaces difficiles à déceler. Seules certaines formations médicales sélectionnent rigoureusement leurs fournisseurs en produits pharmaceutiques.

De la farine de manioc bien comprimée et sans aucun principe actif, tel est le résultat de l’analyse d’une boîte présentée comme étant de quinine 500 mg, déplorait le 2 avril dernier l’ordre des pharmaciens lors de la prestation de serment des nouveaux venus dans le métier à Bukavu. En mars dernier, le ministre provincial de la Santé au Sud-Kivu, le docteur Mwanza Nangunya, avait déjà alerté ses administrés sur la circulation de faux médicaments, notamment de l’érythromycine, un antibiotique.
A Uvira, 70 à 80 % des malades reçus en consultation souffrent de paludisme ou de fièvre typhoïde. Les résultats de laboratoire le confirment. Certains, après avoir été soignés avec des comprimés, connaissent des rechutes et leurs cas s’aggravent, exigeant des traitements par perfusion, ultime recours pour espérer guérir. “J’ai constaté que les produits médicamenteux en comprimés ne répondent pas, comme je l’aurais souhaité, même quand les doses sont respectées. Il m’arrivait de penser que ces maladies étaient rebelles aux médicaments que je prescrivais et pourtant, c’est un problème de produits contrefaits, explique un médecin directeur d’une formation médicale de la place. Depuis un temps, j’exige de mes malades qu’ils achètent les médicaments au guichet de mon officine.”

Traitements inefficaces
Certaines formations médicales, comme l’Hôpital général de référence d’Uvira et le Centre hospitalier de la 8éme CEPAC/Kasenga, font de même, car leurs propres dépôts pharmaceutiques s’approvisionnent auprès de maisons sérieuses. D’autres, qui n’ont pas cette rigueur dans la sélection des fournisseurs, sont à la merci des contrefacteurs de médicaments. Plusieurs petits établissements n’ont pas de sources d’approvisionnement fixes malgré l’existence d’une pharmacie centrale à la zone de santé. Leurs malades éprouvent un soulagement éphémère lié aux antipyrétique-analgésiques (paracétamol, aspirine, etc) souvent associés au traitement de ces deux pathologies. Aussitôt qu’ils arrêtent ces médicaments, les symptômes reprennent comme si aucun traitement de fond n’avait été administré. Des familles inquiètent font alors passer leurs malades d’une formation médicale à une autre, selon un membre de la Société civile locale.
Ceux qui n’ont peu de moyens et achètent des médicaments contrefaits à bas prix sombrent souvent dans des états gravissimes nécessitant l’hospitalisation. Ces cas sont fréquents chez les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans.

Pas de contrôles
“Il est conseillé, lorsqu’on se rend dans une officine locale de vente publique de médicaments, de bien vérifier la coloration et la dimension des comprimés avant d’acheter. Là, on peut espérer avoir fait un bon choix”, conseille une infirmière travaillant dans une polyclinique de Kimanga, un des 14 quartiers de la cité d’Uvira.
René-Joël Bija, pharmacien de formation travaillant au Burundi pour le compte de la Société industrielle pharmaceutique SODIPHAR, qui fabrique des médicaments génériques, représentée à Bujumbura précise que les médicaments contrefaits sont surtout ceux qui coûtent cher comme la quinine et le ciproflaxacine prescrite pour soigner la typhoïde. Selon lui, la contrefaçon se situe à différents niveaux : l’emballage, l’étiquette, la substitution d’un produit à un autre et surtout l’absence de principes actifs de ces médicaments qui les rendent inefficaces.
Le problème est que les médicaments importés ne sont jamais analysés. “Depuis l’existence à Uvira de l’OCC (Office congolais de contrôle ), aucun laboratoire n’a été installé, indique une des autorités de cette régie financière. Quand les médicaments entrent au pays par des postes frontaliers où sont basés nos agents, ceux-ci ne font qu’un constat. Après quoi, ils demandent le dû de l’Etat. Aucune analyse n’est effectuée. De nombreux médicaments entrent au pays sans avoir été contrôlés. Même, à Bukavu, poursuit-elle, malgré l’existence d’un laboratoire, les analyses pour évaluer la présence des principes actifs ne sont pas faites.”

Robert Shemamba

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