Face aux pannes à répétition des tracteurs mis à leur disposition, des cultivateurs de Rutshuru, à l'est de la RD Congo, sont inquiets pour leurs récoltes. Ils préfèrent, pour la prochaine saison, reprendre les méthodes traditionnelles.

Pour de nombreuses organisations de cultivateurs de Rutshuru, à l’est de la RD Congo, la saison culturale s’annonce difficile, en raison des difficultés techniques qu’ils rencontrent à utiliser des tracteurs mis à disposition par le Ministère de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Elevage il y a deux ans. Depuis le début de cette année, les responsables du Centre Développement Rural de Rutshuru (CEDERU) sont débordés par le retour d’engins hors service. “Des cultivateurs viennent louer des tracteurs, individuellement ou en groupe et versent 140 $ par ha pour les premiers travaux de labourage et d’hersage. Il arrive souvent que les machines tombent en panne avant la fin des travaux, et dans ces cas-là, nous sommes obligés de rembourser l’argent de la location”, explique Gueslin Makwesa, ingénieur superviseur des activités agricoles au CEDERU, qui ajoute que jusqu’à présent, l’opération ne s’est pas avérée rentable, les dépenses étant supérieures aux recettes. En ce moment, seul un tracteur est opérationnel, sur les deux remis en septembre 2009 par le ministère. Ceux qui sont en panne sont rangés dans des parcelles ou devant les bureaux des organisations agricoles.

Mécanique peu fiable
La mise en location des tracteurs était pourtant censée faciliter le travail des agriculteurs et augmenter la production. Selon le programme de gestion de la fertilité du sol, leur utilisation devrait permettre à un cultivateur de récolter 60 à 70 sacs de soja ou de maïs par hectare. Dans son rapport annuel 2010, le CEDERU estime à 380 dollars par ha le coût d’exploitation du tracteur, pour une production de 1,6 tonne de maïs ou de 1,5 t de soja par ha, et un peu moins d’une tonne pour le haricot. Des chiffres très en deçà des attentes, selon le rapport.
Avec les pannes à répétition et la difficulté de trouver des pièces de rechange sur place, on est loin du compte et la présente saison culturale s’annonce difficile. Les cultivateurs, qui avaient pourtant chaleureusement accueilli l’opération, s’inquiètent aujourd’hui des conséquences de l’immobilisation des tracteurs sur les récoltes futures. La saison culturale n’attend pas et les semis doivent être faits dans une période bien précise. “Nous étions en plein labour et tout d’un coup, la machine louée au CEDERU est tombée en panne. Il fallait envoyer quelqu’un à Butembo au nord de la province et un autre à Kampala en Ouganda. Cela a pris un mois et a engendré un grand retard pour nous,” regrette Mr Safari Rwayangire Paul, Président de Coopérative de Cultivateurs et Vendeurs des Produits Agricoles (COCVEPA). Selon lui, l’association a raté la saison car il était trop tard pour faire appel à des ouvriers pour labourer les champs.

Retour à la tradition
Certains, frustrés, souhaitent retourner aux bonnes vieilles méthodes. “Le risque pour nous, c’est de travailler à perte si on doit débourser de l’argent pour le carburant, payer la location du tracteur et d’autres frais, pour ne récolter que 30 sacs de haricots. Je préfère reprendre le labourage manuel. Même si je dois payer des ouvriers agricoles, cela me coûtera moins cher que le tracteur”, rouspète un cultivateur qui a tenté l’expérience, sans succès.
Selon Jean Damascène Sebuhendo, chargé développement rural du territoire de Rutshuru, la disponibilité de certains accessoires et le coût élevé du carburant par rapport au pouvoir d’achat des agriculteurs constituent les obstacles majeurs dans la réussite de cette opération et expliquent le découragement des producteurs.
Certaines organisations de cultivateurs voudraient pourtant y croire et estiment que le ministère aurait dû mettre plus de tracteurs à la disposition de la cinquantaine d’associations du territoire, ce qui aurait permis la poursuite du travail en attendant l’arrivée des pièces de rechange.

Evariste Mahamba, Sunset Bizimungu

Commenter