Des dizaines de familles venues de Masisi depuis la mi-janvier, vivent cloîtrées dans un camp au sud du territoire de Lubero, au nord de Goma. Elles disent rentrer chez elles pour y habiter et cultiver leurs champs, mais les habitants sur place les prennent pour des envahisseurs. Tous attendent une solution pacifique des autorités.

Une trentaine de cabanes sont dressées de manière improvisée dans un camp à l’entrée nord de la petite bourgade de Luofu. Nous sommes dans le territoire de Lubero, à 170 km au nord de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu (est de la Rd Congo). Plus de 50 familles de déplacés venus du territoire voisin de Masisi depuis la mi-janvier, vivent dans ces abris de fortune. L’air innocent, des gamins de 4 à 7 ans, crânes rasés, jouent dans l’herbe. Les plus âgés improvisent un match de foot en tapant sur un ballon fait de feuilles de bananiers. Quelques femmes restent accroupies devant les cabanes, et un groupe d’hommes jouent aux cartes près du bureau du chef de la localité…
Ces familles vivent comme des parias dans cette région du sud de Lubero, où les habitants les prennent pour des envahisseurs. Elles disent pourtant être originaires de cette région qu’elles auraient quittée dans les années 90. “Nos grands parents ont habité ici et sont partis à cause de la guerre. Nous revenons puisque c’est chez nous”, explique l’un des arrivants. Ils sont venus non seulement pour y habiter mais surtout disent-ils, pour cultiver leurs champs. “Mais nous sommes surpris par l’accueil”, s’exclame Gervais Gashigwe, la quarantaine révolue.

Epineux conflits fonciers
Les habitants de Lubero qui ne les reconnaissent pas comme étant du terroir, ne veulent rien savoir. “Qu’ils nous montrent les tombes de leurs ancêtres s’ils sont convaincus de ce qu’ils disent”, dit un homme qui pense qu’il s’agit d’une “provocation des politiciens à laquelle on ne va pas céder.” Mais d’après le témoignage d’un vieil autochtone de la cité de Kayina, à 7 km de Luofu, des familles venues des territoires de Rutshuru et de Masisi, dans les années 80, avaient effectivement travaillé à la tâche dans les champs au sud de Lubero. “Dire qu’ils sont originaires est cependant faux”, tente-t-il d’expliquer.
Outils aratoires, semences de pomme de terre et de haricots étalés dans la cour de leur camp, les nouveaux venus affichent une certaine sérénité. Ils sont peu bavards mais on sait lire leur détermination à travers leur visage. “Je connais jusqu’aux fils de celui dont ma famille fut le vassal. J’ai même parlé avec eux mais pourquoi ne veut-on pas de nous ?, interroge Gashigwe. On est citoyen comme tout le monde avec le droit de vivre où on veut, de surcroit chez nous !”
Dans ce territoire de Lubero où plus de 70 % des conflits concernent les problèmes de gestion de la terre, beaucoup redoutent que cette situation n’attise des rancœurs interethniques et ne débouchent sur des violences. “Nous avons ramassé des tracts dans le village qui demandent à ces gens de partir. J’ai peur…”, raconte Adolphe Kambale, de la société civile de Luofu.

Trouver une issue pacifique
Dans la région, rares sont les personnes qui parlent ouvertement de cette situation. Lors d’une réunion tenue à Luofu sur ce problème, un journaliste qui voulait en savoir davantage s’est vu interdire d’en parler à la radio. Les chefs locaux s’en remettent, eux, carrément à l’autorité provinciale. “La question étant très sensible, le gouvernement provincial va envoyer une commission parlementaire sur les lieux”, déclare sans plus de précisions, une source du ministère provinciale de l’Intérieur et des affaires coutumières.
“Il est possible que des politiciens qui veulent perturber la paix dans la région soient derrière cette situation”, redoute un religieux de la place. Les déplacés quant à eux restent là. “Notre situation est connue de tous, au niveau national, du territoire, de la province. Les autorités doivent nous sécuriser”, confie Gashigwe qui espère comme tout le monde, qu’une solution pacifique sera vite trouvée.

Kennedy Wema

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