Depuis la fermeture des carrés miniers, il y a six mois, l’insécurité et les tracasseries ont repris de plus belle au Sud-Kivu, à l'est de la RD Congo. Excédée par l'impunité dont jouissent les bandits, la population a commencé à se faire justice elle-même.

“Depuis six mois, les radios annoncent chaque jour qu’une personne a été abattue la nuit précédente. Des enlèvements sont souvent signalés, de même que les cas des maisons défoncées et de biens emportés ou de personnes tuées dans leurs maisons”, relève Moreau Tubibu, animateur au Groupe Jérémie, une association chrétienne de défense des Droits de l’homme.
Depuis la fermeture des carrés miniers au Nord et au Sud-Kivu par un décret présidentiel en septembre 2010, l’insécurité sur les axes routiers qui mènent de Bukavu vers les chefs-lieux des territoires s’est accrue. Ceux qui vivaient dans les carrés miniers – femmes et hommes, dont certains armés – se sont repliés dans les centres de négoce. “Les échauffourées entre civils et militaires sont devenues courantes”, relève M. Tubibu. À Fizi, les habitants ont déserté le centre commercial et les villages pour se réfugier dans la forêt afin d’éviter des représailles de l’armée. Les échanges avec les villes se sont réduits. Ceux qui vivent dans les villages et ont un peu de bien ont commencé à se replier en ville.

Impunité et justice populaire
C’est à Kamanyola, Kiliba ou Fizi, au sud de la province, à Walungu, Mwenga et Bugobe à l’ouest, puis à Bushumba au nord que les alertes ont été les plus vives. Même le phénomène “kabanga” (le fait de tuer un humain avec une corde vendue très cher) a refait surface à Kalehe, Idjwi et Walungu pour se procurer de l’argent. Des débats radiodiffusés ont montré le caractère impopulaire de la fermeture des carrés miniers mais rien n’a changé et l’insécurité continue de battre son plein.
“Les hommes en armes, les policiers et les services publics sont devenus plus tracassiers qu’il y a six mois”, constate Descates Mponge, secrétaire exécutif d’Action des chrétiens activistes des Droits de l’homme de Shabunda (ACADOHSA). Selon Éric Kajemba, de l’Observatoire gouvernance et paix (OGP), “les répercussions négatives de l’interdiction de l’exploitation artisanale des mines étaient prévisibles”. Ceux qui avaient contracté des dettes dans les mines et ceux qui se sont endettés pour vendre des minerais sont tous incapables de rembourser dans les délais convenus. “Pire encore, les anciens voleurs et les délinquants, qui étaient devenus des creuseurs des mines, se sont retrouvés sans occupation”, analyse Dieudonné Sango, de la Synergie des associations de lutte contre la corruption et l’impunité (SALCORI Sud-Kivu). “Ces durs, explique D. Sango, n’ont eu d’autre choix que de retourner à leur activité d’antan.”

La population se défend elle-même
Excédée par l’insécurité, la population patrouille pour assurer elle-même sa sécurité. Les voleurs qui sont capturés sont remis à la police “pour être sanctionnés conformément à la loi”. Malheureusement, ils sont relâchés deux ou trois jours après, “parce que personne ne s’est plaint”, justifie la police. “Pourtant, rappelle Descates Mponge, la police a comme mission, entre autres, de rechercher et de constater les infractions.”
S’estimant trompés, les habitants se rendent de plus en plus souvent justice eux-mêmes. “Les jeunes du quartier ont lapidé à mort et brûlé le corps du bandit venu se dénoncer un jour après avoir tué notre fils”, explique un membre de la famille de la victime. “Six cas de justice populaire viennent d’être enregistrés du 1er au 13 février au quartier Kasenga, à Uvira”, déclare le président de la Société civile de cette ville. D’autres cas similaires ont été enregistrés à Bukavu les mois précédents.
Les villes de Mwenga et de Kamituga ont manifesté leur mécontentement par ‘trois journées ville morte’ au début du mois. “Nous avons organisé une marche de protestation des habitants de Kabare avec remise d’un mémorandum à l’administrateur du lieu pour dénoncer l’insécurité et les tracasseries dont nous sommes victimes”, explique Justin Mwanawabene, le porte-parole de cette manifestation.

Thaddée Hyawe-Hinyi

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