À écouter les programmes des radios qui naissent en RD Congo, il est parfois difficile de dire à quelle catégorie elles appartiennent : publique ou privée, communautaire, confessionnelle ou commerciale comme elles se définissent. À Bandundu, la Haute autorité des médias tente de mettre de l’ordre dans le secteur…

Le représentant de la Haute Autorité des médias (HAM) à Bandundu est monté au créneau, début janvier, pour rappeler à l’ordre les médias de cette ville, essentiellement les radios. Ferme dans ses propos, Innocent Bila Nkiada a exigé de tous les directeurs des programmes et chargés d’information de lui présenter, “dans un bref délai”, leurs grilles de programmes, les cahiers qui définissent clairement la ligne éditoriale de leurs médias, et ceux de leurs émissions. “Les récalcitrants subiront la rigueur de la loi”, a-t-il averti.
La mise en garde du coordonnateur de la HAM s’explique par le manque de respect de leurs cahiers des charges de très nombreuses radios, à Bandundu, chef-lieu de la province du même nom (au nord-est de Kinshasa) comme dans toute la RD Congo. Qu’elles se définissent comme publiques ou privées, communautaires, confessionnelles ou commerciales, leurs programmes ne reflètent pas toujours leur appellation.
La plupart d’entre elles émettent, en effet, sans programmes officiels connus. Très souvent, elles laissent libre cours à leurs journalistes et aux animateurs des émissions. Pas très professionnels, ceux-ci remplissent généralement leur temps d’antenne de programmes fourre-tout : émissions à téléphone ouvert, dédicaces illimitées jour et nuit…

Appels au professionnalisme
Comme média de proximité, une radio communautaire ou associative, par exemple, est censée être au service des populations auxquelles elle s’adresse. Elle doit le plus possible associer celles-ci à la vie du média, concevoir des programmes qui concernent leur quotidien… “Ces radios doivent être un moyen d’expression de la communauté. Elles doivent diffuser des informations sur des problèmes que les grands médias ont tendance à ignorer”, insiste Innocent, qui estime qu’elles répondent rarement aux attentes de leurs auditeurs.
Il est aussi généralement recommandé à ces radios, de faire usage des langues locales pour mieux faire passer leurs informations au public. Cela n’est pas souvent le cas dans le pays, où les radios diffusent essentiellement en français, la langue nationale officielle et dans une certaine mesure dans les quatre langues nationales (lingala, swahili, kikongo et tshiluba). S’agissant des radios confessionnelles, le coordonnateur de la HAM rappelle qu’elles “doivent parler religion dans trois quarts de leurs programmes et ne diffuser que des chants religieux…”
L’autorité politique n’entend pas non plus laisser croire aux promoteurs de ces médias qu’il suffit d’avoir son récépissé pour émettre. Ministre provincial de la Communication, Hubert Thetika a également interpellé les responsables des radios de Bandundu. Il exige plus de professionnalisme de leurs journalistes pour qu’ils jouent, dit-il, un rôle important dans l’éducation des auditeurs, sur des questions liées à la politique, aux droits de l’homme, à l’environnement ou au VIH/sida. “De tels programmes sont essentiels dans une province où de nombreux enfants ne peuvent pas aller à l’école à cause des contraintes financières”, a-t-il rappelé.

Problèmes de survie
Mais le problème pour ces médias se pose souvent en terme de survie. Des radios confessionnelles notamment font du commercial pour pouvoir continuer à fonctionner. Définies comme “médias sans but lucratif”, des radios communautaires sans ressources sûres, sont aussi contraintes de vendre leur espace, les communautés censées les soutenir étant elles-mêmes très pauvres. D’où la confusion des genres et l’absence de programmes et de cahiers des charges clairs.
Sans chercher à les inféoder ni à les politiser, le chef de bureau de la Monusco (Mission de stabilisation des Nations unies en RD Congo), Joe Nelly, a estimé, lors de l’inauguration d’une nouvelle radio à Bandundu, que “le soutien de l’autorité administrative et politique est nécessaire.”

Désiré Tankuy

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