A Goma, à l'Est de la RD Congo, des Rwandaises échangent quotidiennement des denrées alimentaires contre des vêtements et des chaussures avec des Congolaises. Chacune d'elles y trouve son compte et au fil des transactions, elles finissent par se connaître et tisser des amitiés.

Tous les matins, vers 7h, c’est la ruée vers la petite barrière qui fait office de poste frontière entre le Rwanda et la RD Congo. Bassines sur la tête, des Rwandaises se rendent dans la ville voisine de Goma, chargées de denrées alimentaires qu’elles vont échanger contre des vêtements. A la criée ou en chantonnant birayi manguo na biyato (pommes de terre contre vêtements et chaussures en swahili), elles sillonnent les rues de Goma à la recherche de clientes. Depuis deux ans, ce troc qui arrange tout le monde fonctionne entre les deux pays à la satisfaction de tous.

Troquer pour survivre
Les transactions concernent divers produits – pommes de terre, maïs, haricots verts, petits pois et autres denrées alimentaires -, qui s’échangent contre jupes, pagnes, pantalons, chemises, chaussures. “J’ai souvent recours à ce type de commerce, lorsque je n’ai pas d’argent pour acheter à manger à mes enfants. Je donne en échange mes habits et ceux de mes enfants, même ceux en très bon état”, explique Nicole Buhoro, Congolaise, mère de cinq enfants, qui fait régulièrement son marché auprès des vendeuses rwandaises.
Pour la plupart des ménages de la région, l’accès aux denrées de première nécessité est de plus en plus difficile, en raison des affrontements dans l’Est du pays, qui ont fortement compromis l’approvisionnement en produits alimentaires provenant notamment du territoire de Masisi tout proche.
Si les Congolaises sont satisfaites de ce commerce, les Rwandaises y trouvent également leur compte. La revente des vêtements au marché clandestin près de la frontière leur procure des revenus monétaires substantiels. “Nous préférons le troc à la vente traditionnelle car nous réalisons de bonnes affaires avec les échanges d’articles. Avec le produit de la vente des marchandises recueillies en RD Congo, nous pouvons assurer les dépenses ménagères et mettre de l’argent de côté pour les autres besoins”, explique Mutuimana, l’une d’elles, qui a fait du troc sa principale activité. Même si elle doit faire face à la répression de la police rwandaise qui interdit le commerce ambulant. Comme l’explique Maria Uwimana, une dame rencontrée près de la frontière, les commerçantes font souvent l’objet de harcèlement de la part des policiers qui les obligent à s’installer au marché et à payer des taxes. Et cela peut aller même très loin, selon les aveux d’une jeune femme qui a requis l’anonymat : “Certains policiers rwandais nous font des misères car ils nous soupçonnent de revendre des vêtements et chaussures volés chez des Congolais à Goma. Cela peut aller jusqu’à des peines de prison ou parfois des menaces de mort”.

Se connaître et s’apprécier
Ce commerce informel rapproche de plus en plus les femmes de ces deux pays qui surmontent les tensions nées des conflits dans la région depuis l’arrivée de réfugiés rwandais sur le sol congolais en 1994. Aujourd’hui, elles tissent des liens d’amitié et se font des confidences sur leurs cultures respectives et leur mode de vie. “Les échanges nous ont permis de garder un contact régulier et chaque fois que nous nous rencontrons, c’est dans la joie et la bonne humeur” affirme Mutuimana.
“Depuis deux ans, des Rwandaises m’approvisionnent en denrées alimentaires et parfois, me cèdent gratuitement certains produits. Avec cette amitié et cette complicité, je me demande comment on a pu se haïr autant pendant toutes ces années” s’interroge Zawadi Selemani, femme au foyer habitant Goma.

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