Plus de 250 000 personnes ont quitté leurs foyers pour fuir les horreurs de la guerre au Nord-Kivu. Partis dans l’urgence, les mains vides, ces réfugiés internes, sont souvent hébergés par des familles de Goma et la municipalité qui leur proposent facilement de petits boulots.

“Cela fait deux mois que je travaille chaque jour à un endroit différent, pour gagner de quoi survivre, explique Kasereka Baudouin, un déplacé de Kiwanja, au Nord-Kivu. J’ai six personnes à ma charge, c’est ma belle-famille qui nous a accueillis. Mais malgré leur bonne volonté, ils ne peuvent pas tout assurer.” L’homme est venu à Goma, pour fuir les combats qui ont repris fin août entre les troupes du général dissident L. Nkunda et l’armée régulière, les FARDC. “Il y a deux semaines que Mme Esther Lutondo, responsable du réseau Cref, m’a engagé comme jardinier, alors que je venais de fuir les affres de la guerre entre le Cndp et les Fardc à Kiwanja. Tous mes biens ont été pillés et saccagés, je me suis retrouvé à Goma les mains vides. Je vis maintenant chez une connaissance qui me loge mais ne peut pas me prendre totalement en charge”, confie Victor Dunia, un autre déplacé.
Depuis qu’ils ont commencé à arriver fin août, la ville de Goma s’organise pour proposer du travail à certains réfugiés. “Chaque jour, nous embauchons de 50 à 80 personnes ici à la mairie, dans les deux maisons municipales, et dans les bureaux des quartiers, pour travailler comme journaliers aux travaux d’assainissement de la voirie urbaine, et nous en recommandons certains auprès des ONG ou des patrons d’hôtels, afin qu’ils trouvent ne fût-ce que de quoi manger au lieu de mendier dans les rues de la ville. Les plus chanceux sont ceux qui arrivent les premiers, explique le maire de Goma, Roger Rachidi. Ils touchent 1600 Fc par jours, soit 3 $, le même salaire que tous les journaliers.”
Les Gomatraciens accueillent les déplacés de Kiwanja et Rutshuru avec compassion. Ils les aident, que se soient des inconnus, des parents ou des amis. “J’ai une grande maison et assez d’espace dans ma parcelle. Alors quand j’ai vu cette famille errer dans la ville à la recherche d’un endroit où passer la nuit, un soir vers 19 h, je me suis mis a la place du père : et si c’était moi ? Depuis lors, ils vivent chez moi sans problème sauf que je n’ai pas les moyens de les nourrir”, témoigne Tate Baba, un habitant de Goma au quartier Birere.

Moins mal que dans les camps
Plus de 250 000 personnes ont quitté les zones des combats ces quatre derniers mois, s’ajoutant à ceux qui avaient déjà fui auparavant. “Nous sommes partis de Rutshuru Centre le 8 octobre dernier, quand les éléments du CNDP se sont emparé de la cité », témoigne Espoir Mudogo, un déplacé. “Les soldats gouvernementaux étaient en déroute. Nous n’avons pu sauver que deux chèvres, quelques poules et deux matelas. Ici, nous sommes dans une famille d’accueil, mais elle ne nous prend pas en charge. Nous sommes obligés de chercher des petits boulots pour acheter de quoi manger.”
La plupart des déplacés qui trouvent un emploi travaillent comme journaliers. Cela n’affecte pas les emplois des Gomatraciens précédemment engagés, qui ne s’inquiètent pas de la venue de ces derniers.car les déplacés occupent des emplois qui n’existaient pas avant et complètent les effectifs dans d’autres endroits. Ils savent qu’une fois la situation revenue à la normale, tous ces réfugiés rentreront dans leurs cités d’origine.
D’après les estimations des ONGs Caritas internationales, Care et Ocha au Nord-Kivu, 70% des réfugiés vivent dans les familles d’accueil. Ils ne veulent pas rester dans les camps, à cause du manque d’eau potable et de la prise en charge insuffisante par les humanitaires. Beaucoup préfèrent vivre à Goma où ils se sentent plus en sécurité et peuvent occuper des petits boulots et gagner quelques sous, au lieu d’attendre l’aide. “À Goma, il y a de l’eau, et l’on peut facilement trouver un petit job. Dans les camps, trouver de la nourriture est très difficile. On vous donne un murongo par personne de haricot (ndlr: récipient équivalent à un kilo) pour une semaine, alors que j’ai laissé des sacs entiers chez moi. Je préfère vivre à Goma que dans un camp”, confie Jean-Pierre, qui a d’abord été déplacé au camp de Kibati mais qui vit maintenant le chef-lieu du Nord-Kivu.

ENCADRE
Nord-Kivu
Des déplacés victimes de conflits de pouvoir

Depuis juin 2008, plus d’une centaine de famille de déplacés vivent sans abri ni assistance dans des conditions infrahumaines, devant l’église de la Communauté du Christ libre au Kivu (CCLK), près de Goma. Elles ne sont pourtant qu’à quelque 700 m du camp de déplacés de Mugunga 1, où les organisations humanitaires interviennent.
Ces familles ont suivi un nommé Justin, qui a perdu au début de cette année l’élection devant désigner le président des déplacés dans le camp de Mugunga 1. Dès lors, “Monsieur Justin a amené ces familles à la CCLK, pour garder un certain rôle dirigeant “, affirme Faustin Mahoro, le président élu de Mugunga 1.
Victimes d’un débat qui les dépasse, ces familles vivent depuis juin sans assistance humanitaire. Elles passent la nuit dans des salles de classe et dans l’église et, la journée, errent dehors, dans l’attente de voir se concrétiser la promesse faite par Justin de l’officialisation de ce site par les autorités provinciales conjointement avec le Haut Commissariat pour les Réfugiés (Hcr). Cette officialisation, disent-elles, leur ouvrirait le droit à une aide.
Mais une telle promesse risque bien d’être une illusion. “Personne n’est autorisé à créer un camp par décision personnelle, déclare Ibrahima Coly, responsable du HCR au Nord-Kivu. Pour que nous puissions assister ces personnes, elles doivent d’abord retourner dans les camps respectifs où elles sont enregistrées.”
Le HCR a rencontré Justin pour clore ce dossier, mais en vain. Sur le terrain, le blocage subsiste. Quelques familles ont quitté ce camp de fortune, mais d’autres résistent encore, tout en espérant le retour à la paix. “Cela fait six mois que nous croupissons dans la souffrance ici. Si au moins la paix revenait, nous pourrions rentrer chez nous et cultiver nos champs. Ici, nous n’avons que de petits travaux domestiques par-ci par-là pour vivre”, regrette Solange Murekatete, une déplacée.

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