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par Silvère Hicuburundi
Burundi (Syfia Grands Lacs/Burundi) À la veille des élections, le chef de l'État burundais hésite à punir les dignitaires de son parti qui cumulent deux salaires. Seule une ministre de l'opposition a été limogée. La société civile et les députés dénoncent cette différence de traitement.
"Nous nous insurgeons contre les deux poids deux mesures observés dans la chasse aux fonctionnaires qui sont doublement payés ! La ministre de la Fonction publique doit prendre une sanction équitable pour tous ou démissionner. Nous pensons déjà à une motion de défiance", fulmine, le 25 février, Charles Niyungeko, député de l’opposition (CNDD) au Burundi. Les députés des partis politiques, autres que le parti présidentiel (CNDD-FDD), sont indignés par la lutte à deux vitesses actuellement menée contre les dignitaires qui cumulent deux salaires. La société civile leur emboîte le pas. Du ministre à l’enseignant de l’école primaire en passant par l’agronome ou encore l’infirmier, les cumulards sont légion. Ils ont été démasqués lors d’une enquête sur les fonctionnaires fictifs ou fantômes commanditée en août 2009 dans le souci de garantir une saine gestion budgétaire. "Le rapport indique que près de 10 % des fonctionnaires burundais sont fictifs et parmi ceux-là figurent des dignitaires qui, ayant été promus à des postes de responsabilité, ont continué à cumuler leurs anciens salaires et les paiements inhérents aux nouveaux postes. L’État y perd chaque année plus d’un million de dollars", explique sous le sceau de l’anonymat un cadre du ministère. Le rapport fait état de près de 2 000 employés fictifs mais officiellement, le gouvernement n’en reconnaît que 744 sur un total de 73 000 salariés. "Nous trouvons parmi les fictifs des personnes décédées qui sont toujours payées et d’autres qui perçoivent deux salaires. D'ailleurs, seize sont venus le déclarer eux-mêmes !", lance la ministre de la Fonction publique, Annonciata Sendazirasa. Sanction timorée et sélective Parmi les cumulards avérés, seule Mme Rose Nduwayo, ministre des Droits de l’Homme, a été limogée le 5 février. Depuis plus de trois ans, elle empochait son salaire d’enseignante en même temps que celui de ministre. Aujourd’hui, les Burundais attendent des sanctions à l’endroit d’autres cumulards qui sont de tous les partis politiques, y compris le parti présidentiel. "Des hauts cadres issus du parti au pouvoir sont bien cités dans le rapport, mais le président de la République n’a puni qu’une ministre issue du parti de l’opposition, FRODEBU", s’indigne Gabriel Rufyiri, responsable de l'Olucome, une association anti-corruption et malversations économiques, qui affirme que ledit rapport est encore détenu par le président de la République. Les sanctions tombent au coup par coup et manifestement cette affaire le met face à un dilemme quasi cornélien. Aux yeux de l’opposition politique, ne pas sanctionner les coupables serait synonyme d’une insoutenable complicité du chef de l'Etat avec eux mais en les condamnant, il risque de se mettre à dos les caciques de son parti à l'orée de la période particulièrement sensible des élections. Il doit agir sans délai, car il n’arrête pas de rappeler que la croisade contre ceux qui détournent les fonds publics est son cheval de bataille. C’est d’autant plus urgent que les médias locaux font leurs choux gras de ce sujet qui alimente aussi le débat au sein de la société civile. "C’est révoltant dans la mesure où certains parmi ceux qui perçoivent deux salaires en sont parfaitement conscients et occupent d’importants postes de responsabilité, comme le ministre de la Défense et celui de la Sécurité publique", lance Léonard Nyangoma, Président du parti CNDD. Invitée le 25 février par les députés pour s'expliquer sur ce brûlant dossier dans une séance de questions orales au palais des Congrès, la ministre de la Fonction publique a affirmé détenir une liste de cumulards, mais a tenté de dédouaner ces deux ministres. "Bien qu’ils soient membres du gouvernement, ils ont choisi de garder leur salaire de généraux de l’armée et de la police parce qu’ils y avaient plus d’avantages", a-t-elle déclaré, sans convaincre. Les députés tiennent à l’application de la loi. "Si demain une loi en préparation qui donne beaucoup d’avantages aux ministres est adoptée, ces cumulards vont-ils changer de stratégie ?" s’interroge un député. ![]() version imprimable |
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