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25-02-2010                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Eric Nshemezimana

Burundi
Burundi : l'armée pluriethnique rassure et donne l'exemple

(Syfia Grands Lacs/ Burundi) Depuis que les deux ethnies sont également représentées dans l'armée et la police, les Burundais, tout particulièrement les Hutus, ne craignent plus ces institutions, devenues un exemple de bonne cohabitation. La peur de l'autre disparaît et l'espoir d'une démocratie renaît.

Sur la route qui va de l'hôpital au marché central de Ngozi, ville du nord du Burundi, plus personne ne s'inquiète de passer devant la façade principale du camp du 4ème bataillon commando. Depuis 1972, année durant laquelle des Hutus avaient été tués et enterrés tout près de ce camp, plus personne n'osait s'y aventurer, comme s'en souvient un vétéran de 98 ans. N'importe qui va aussi aujourd'hui boire de la bière au mess des officiers de Kayanza ou au cabaret à l'intérieur du camp des policiers de Ngozi. Sur la route Bujumbura-Bugarama, des militaires prennent des gens dans leurs véhicules, même des Hutus qui auparavant les redoutaient. Depuis que des gens des deux ethnies font partie des forces de l'ordre, les Burundais ne les craignent plus.
Pendant longtemps, les Hutus fuyaient dès qu'ils voyaient des militaires. "Je ne m'imaginais pas que je pouvais entrer au mess des officiers et j'avais toujours peur", raconte Nyandwi Adrien, l'un d'eux, rencontré là bas. Il craignait d'être malmené par les soldats de l'ancienne armée majoritairement dominée par les Tutsis.

Pas de discrimination dans l'armée
Depuis 5 ans, selon la Constitution issue des pourparlers de paix d'Arusha ratifiés en 2003, les deux ethnies sont désormais représentées à parts égales dans l'armée et au gouvernement. Les rebelles sortis du maquis après 10 ans de guerre ont peu à peu intégré l'armée qui, comme le gouvernement, est devenue mixte. Officiers, sous-officiers, hommes de troupes, à tous les niveaux il y a désormais autant de Hutus que de Tutsis. Et l'entrée à l'ISCAM (Institut supérieur des cadres militaires) se fait dans ces mêmes proportions pour éviter une supériorité numérique d'une ethnie sur l'autre.
Ces militaires cohabitent bien dans leurs casernes sans discrimination aucune. "S'il nous arrive de parler de l'ethnie, soit c'est juste parce que le concept est déjà là, soit ce n'est que pour se rappeler des anciennes périodes ou encore c'est question de blaguer sinon nous n'y attachons pas d'importance", constate le caporal Niyongabo Éric, un policier issu de l'ancien mouvement rebelle CNDD-FDD. Les Burundais y voient une meilleure égalité entre les citoyens, quelque soit l'ethnie de chacun et cette bonne entente des agents des institutions de sécurité les encourage à faire de même. L'ethnie perd son sens "Il serait mal vu celui qui tiendrait des propos ethniques et pire encore celui qui viendrait nous dire de nous entretuer pour les ethnies", martèle Gloriose rencontrée dans le bus. Si elle pouvait sentir une certaine haine contre un Tutsi, c'était juste parce qu'elle se sentait toujours humiliée et en insécurité depuis que les militaires avaient tué son mari en 1994. Mais maintenant qu'il y a des Hutus dans l'armée, elle se sent elle aussi sécurisée et ne considère plus l'ethnie.
Tous les gens rencontrés en voyage depuis Bujumbura jusqu'au nord du pays sont unanimes : l'ethnie n'a plus grand sens ce qui facilite les rapports entre eux. "Durant la période de crise, je ne travaillais pas dans le quartier Ngagara [à Bujumbura]", fait savoir Onesphor Habonimana, un pédaleur de la capitale qui craignait d'être tué par des habitants, en grande majorité d'ethnie différente de la sienne. Désormais il peut travailler dans n'importe quel quartier.
Oscar, lui, est tutsi, originaire de Bururi, province qui était accusée de détenir le monopole du pouvoir depuis la première République. Il retourne aujourd'hui dans sa parcelle du quartier Kamenge autrefois à dominance ethnique hutu.

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