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par Jacques Bukuru
Burundi (Syfia Grands Lacs/Burundi) Fin janvier, les enseignants étrangers au Burundi, surtout des Congolais, n'ont pas perçu de prime d'ancienneté, comme leurs collègues nationaux. Une injustice, liée à leur statut, dénoncée par les syndicats.
Fin janvier, le gouvernement du Burundi a versé aux enseignants la première tranche de l'argent due au titre du rattrapage de leur ancienneté reconnue par le nouveau statut des fonctionnaires. Faute de fonds, ce statut arraché en juin 2007, remplaçant celui de 1999, avait été appliqué sans tenir compte des années prestées. Des grèves ont été déclenchées en fin d'année dernière pour exiger sa stricte application. Tous les professeurs, surtout les plus anciens, ont touché de l'argent… sauf les enseignants étrangers qui, eux, sont, depuis des années, des contractuels et ne peuvent prétendre aux mêmes avantages que les nationaux. Au vu de cette injustice, ils sont une centaine, essentiellement des Congolais les plus nombreux dans l'enseignement au Burundi, à se réunir quasiment tous les week-ends à Bujumbura depuis début février. Ils cherchent ensemble comment débloquer cette situation. Quelques rares Rwandais, la plupart ayant regagné leur pays avec la fin du génocide de 1994, sont là aussi. "C'est nous qui avons dispensé des cours dans des zones désertées par des collègues burundais pendant la guerre civile de 1993. Le gouvernement devrait, en guise de reconnaissance, nous réserver un traitement équitable", s'indigne un professeur de mathématiques congolais qui enseigne dans le pays depuis 30 ans. "Mesure gouvernementale" Depuis 1999, les étrangers n'ont plus le droit d'être des fonctionnaires de l'État comme leurs collègues burundais. Ils sont dans la catégorie des contractuels non qualifiés au même titre que les chauffeurs, plantons… La plupart des enseignants ont pourtant un niveau d'études supérieur à la dixième année du secondaire nécessaire pour être fonctionnaires. Pourquoi alors les traiter ainsi ? "Mesure gouvernementale", répond de façon laconique et après un bref silence, la directrice générale de la Fonction publique, Marie Rosette Nizigiyimana. En tant que contractuels, la carrière des étrangers, qui selon le Ministère serait environ 500, n'évolue pas. D'où les distorsions entre leurs salaires et ceux des Burundais. Ceux de ces derniers qui ont la moitié de l'ancienneté de certains étrangers toucheraient le double de leur salaire. Un enseignant rwandais à la veille de la retraite pense déjà à retourner au Rwanda, sa mère patrie. Il ne souhaite que la juste reconnaissance de ses 40 ans de professeur de physique. Élancé, marchant tête baissée et très lentement comme s'il était malade, il a du mal à révéler la disproportion entre son traitement modique et les années prestées : "Après tant d'années de service, je ne touche pas plus de 148 000 Fbu (120 $)" "Ils ont droit aux mêmes avantages que les nationaux." Mais essaie de faire comprendre la directrice générale de la Fonction publique, les avantages récemment obtenus par les enseignants burundais diffèrent d'une augmentation des salaires qui bénéficie à tout le monde. Logique difficile à comprendre pour les syndicats d'enseignants burundais qui, même s'ils n'ont pas encore formalisé leur solidarité avec ces étrangers, ne cessent de rappeler, verbalement, au ministère de l'Éducation qu'il s'agit là d'une injustice flagrante et que l'ancienneté de leurs collègues étrangers doit être considérée. Le président de la Confédération des syndicats du Burundi (COSYBU), Tharcisse Gahungu, explique aussi que le Code du travail, ainsi que les conventions internationales ratifiées par le gouvernement burundais, ne discriminent pas les travailleurs étrangers. Selon lui, "ils ont droit aux mêmes avantages que les nationaux." Un retraité septuagénaire qui a enseigné plus de 40 ans au primaire, bien content d'avoir empoché, comme les autres de son âge, plus de 1 200 000 Fbu (1200 $), estime que "ce n'est pas malin de la part du gouvernement de traiter aussi injustement des collègues qui se sont usés au service des Burundais. Cela limite ses ambitions d'intégration dans la sous-région." ![]() version imprimable |
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