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04-02-2010                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Bénita Sambu

RD Congo
Bas-Congo : ruée des parents pour enregistrer leurs enfants à l’Etat-civil

(Syfia Grands Lacs/RD-Congo) Plus de 11 000 enfants du Bas-Congo ont été déclarés à l'Etat-civil du 3 au 23 janvier. Le double de ce que prévoyait l'Unicef à l'origine de cette opération d'obtention gratuite du jugement supplétif nécessaire pour enregistrer les enfants qui ne l'ont pas été à la naissance.

Ce matin de janvier, dans la cour du Tribunal de paix (Tripaix) de Mvuzi, une commune de Matadi, au sud-ouest de Kinshasa, les parents se bousculent pour déclarer leurs enfants à l'Etat-civil. En trois semaines, "plus de 11 000 enfants de 91 jours à moins de 18 ans ont été enregistrés à l’Etat-civil", signale Robert Ndundula, responsable provincial de l’Unicef. Et dans les différents Tribunaux de paix, les services ont même été saturés. "Nous avons momentanément arrêté l’opération. Nous avons atteint près de 2 000 dossiers dans la seule juridiction de Matadi. Ce nombre est très élevé", explique Claude Francis Nsimbi, président du Tribunal de paix de Matadi qui a dû renvoyer des parents, le temps pour son office d’expédier le trop plein de dossiers réceptionnés
Pour protéger les enfants non déclarés durant la période légale (jusqu’à 90 jours après la naissance), le Fonds des Nations pour l’enfance (Unicef) a lancé début janvier un programme de prise en charge juridique qui permet aux parents d'obtenir gratuitement le jugement supplétif pour les faire enregistrer. Une campagne de sensibilisation a couvert les grandes villes de la province (Kisantu, Mbanza Ngungu, Boma, Tshela, Matadi). Selon R. Ndundula, cette campagne visait au départ 5 000 enfants. Mais l’engouement des parents a été tel que les prévisions ont été largement dépassées, poussant l’Unicef a envisagé une autre phase dans les mois à venir.

"Tripaix" débordés
Au Bas-Congo, de nombreux parents ne déclarent pas la naissance de leurs enfants à l’Etat-civil. Ils invoquent diverses raisons (manque d’information, la coutume…) pour justifier leur attitude. "Je ne savais pas pour mes deux premières enfants. Les deux derniers, eux, je les ai enregistrés à la naissance", affirme Elisa Dilazolangwa, dont les deux filles de 13 et 14 ans ont besoin d’un jugement supplétif pour avoir une existence légale. Elle et son mari n’avaient pas de quoi payer les frais nécessaires (jusqu’à 200 $) pour obtenir ce précieux sésame auprès du Tripaix de leur ressort.
"Je n’ai pas pu le faire avant par manque de moyens. Après l’accouchement du bébé, j’avais eu un retard avec le certificat de naissance", déclare Elodie Maduda, une dame qui veut finalement enregistrer son enfant de 4 ans maintenant que le jugement supplétif est gratuit. Par ignorance, Joël Mbo, un habitant de Belvédère, un quartier de Matadi, ne se faisait jamais de soucis pour son fils : "L’enfant m’appartient même s’il n’est pas présenté à la commune. Ma famille et mon entourage peuvent témoigner cette affiliation".

Sensibiliser en permanence
Les enfants non enregistrés font pourtant face à plusieurs difficultés. "Ils ne sont pas légalement reconnus, ils ne peuvent pas obtenir certains documents administratifs lors des voyages et posent problème en cas d’héritage… Enregistrer son enfant, c’est donc le sécuriser", explique Chérine Luzaisu, avocate.
T.M. conseille aux parents de ne plus négliger cet acte. "A l’époque j’avais été soumis au paiement de 200$ de jugement supplétif pour ma fille qui devait voyager pour la Grande Bretagne. Cet argent pouvait bien servir à autre chose si j’avais déclaré sa naissance à l’Etat-civil", se souvient-il. "L’enregistrement de l’enfant est une question de responsabilité des parents qui sont négligents dans la plupart des cas", condamne Jan Nzeyidio, un activiste des droits de l’homme qui dit qu’une sensibilisation permanente devrait se faire à tous les niveaux, surtout dans les maternités.

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